3 novembre. Il pleut des cordes, des expos, des rencontres et des films. Commençons par les films. La liste est longue. Cela fait une actualité plate mais abondante, et grâce à Frédéric Moreau – coming from Chamonix –, nous évitons la noyade. La meilleure précipitation vient des States. Clones amène en France Bruce Willis ; acteur des tous les automnes de l’empire nord-américain. Enchaîner par Jennifer’s Body, c’est chasser la dépression par l’anticyclone Cody, de son vrai nom Brook Busey-Hunt.

Il pleuvait déjà samedi 31 à l’ouverture de l’expo de Wang Bing. Le cinéaste tenait bon dans la cour de la Galerie Chantal Crousel, 10 rue Charlot dans le 3eme. La cigarette au bec, il expliquait que la version de Fiengming, chronique d’une femme chinoise proposé par la galerie parisienne, – tous les jeudis jusqu’au 3 novembre de 20h à minuit – n’est pas celle qui nous a tenu pendant 3h20 collés aux fauteuils du FID 2008. Elle dure 40 minutes de plus. Une version non-censurée ?

Non, chers complotistes, le cinéaste a simplement décidé de réintégrer les hésitations de Mme Fiengming ; hésitations éliminées dans le montage «court», pensé pour le cinéma. Dans cette nouvelle version, l’illusion d’une narration sans incertitudes laisse la place à un témoignage «réaliste».

2 decembre. Salut novembre, tu nous as bien plu, reviens quand tu veux. D’ailleurs, pour ceux qui n’ont pas, ou pas assez, profité de tes dons (nous par exemple), tu nous accordes un sursis de plaisir : le mois du documentaire n’est pas encore fini – restent, entre autres, plusieurs rendez-vous avec Lech Kowalski ; l’exposition de Wang Bing à Paris, galerie Chantal Crousel, est visible jusqu’au 5 decembre, celle d’Avi Mograbi à Rennes jusqu’au 18 decembre. Mograbi nous a envoyé une vidéo de son installation, elle sera bientôt en ligne, deux minutes qui nous ont donné envie d’acheter un billet pour l’ouest.

Quant à l’actualité des salles, nous avons laissé passer Resnais et Bellocchio. Les Herbes folles et Vincere, différents mais également incontournables, ne méritaient évidemment pas ça (le rattrapage est en cours).

Décembre sera-t-il aussi riche ? Son premier mercredi rattrape (lui aussi) un oubli de 40 ans. Sort aujourd’hui en salle Lettre à la prison, film extraordinaire réalisé par Marc Scialom en 1969 et resté inédit jusqu’à ce que le FID le présente en première mondiale, c’était en juillet 2008. Tourné dans l’esprit de l’époque (un scénario refusé par l’Avance, une caméra Eclair, un tournage sauvage) il s’avéra enfin tel qu'il est : intempestif. Toute l’histoire dans un entretien avec Scialom à venir (promis).

Les journaux reparlent de la mésaventure suisse de Roman Polanski, dans la foulée d'un référendum honteux. Dans quelques jours, le cinéaste sera assigné à résidence. Indéfectible soutien, Serge Toubiana revient lui aussi dans son blog sur l’affaire. Lui aussi rattrape, ou tente de rattraper, sa sortie maladroite d’il y a quelques semaines. En faisant évidemment pire. Cette fois-ci il propose un parallèle entre les ghettos juifs (d’où Polanski enfant s’est échappé ) et sa situation actuelle.

La fin de la décennie approche. C’est le temps pour fanzines, blogs et canards de multiplier les listes de coups de cœur, les top ten et autres initiatives ludiques plus ou moins bidon. Nous allons aussi le faire. Une bonne contribution à cet exercice consisterait à lancer une série à caractère journalistique sur la production dans la marge, au cours de ces derniers dix années. Interroger des cinéastes – ceux qui ont été les plus réactifs à la révolution DV–,  leur demander comment ils ont produit et distribué leurs films, et comment ils envisagent leur avenir. Une question concrète pour ne pas se demander où le cinéma va.

À voir. À voir aussi L’homme sans nom, étrange western-documentaire où Bing filme un homme qui a choisi de vivre dans une grotte, loin des ancienne et nouvelle Chine. Nous y reviendrons. Une dernière notation atmosphérique. Un vent d’auteur est en train de souffler sur nos écrans : Mia Hansen Love, Claire Denis. Notre prévision du jour : beau temps sur tout Paris, orage dans nos parages. En attendant, nous n’avons pas oublié Irène, petite tempête qui risque de cavaler pas mal dans les salles A&E. Un bulletin plus précis est en court, qui devrait être publié demain soir. Notre service a déjà lancé l’alerte : attention, avant-ringardise. Sortez couverts.