13 octobre 2009. Post-scriptum à l’éditorial du 1er octobre. Libé du 11/10 : «Le cinéaste [Roman Polanski] est très touché de tous les soutiens qu'il reçoit, il sait aussi que certains soutiens sont contre-productifs – a déclaré l’avocat Me Hervé Temime sans vouloir préciser quels soutiens étaient visés par cette déclaration». Sans commentaire.

Commence le 20 septembre prochain une rétrospective intégrale James Benning. Nous vous invitons à suivre toute la programmation au Jeu de Paume et à suivre ici notre série de textes, entretiens, vidéos.

On se permet d’insister, car vous ne risquez pas d’en entendre parler ailleurs, toutes nos meilleures plumes semblent occupées à découvrir les films de Federico Fellini. Benning à part, la semaine entrante est plutôt molle. Coté sorties, The Descent 2 suscite un peu d’attente, le premier avait plutôt plu. Pour le reste, deux reprises.

Venise 1982. Carlo Lizzani, directeur de la Mostra, montre le masque mortuaire de Rainer W. Fassbinder.

1 octobre 2009. L’affaire Roman Polanski, née il y a quelques jours suite à l’arrestation en Suisse du cinéaste, est délicate et nécessite attention et prudence. Elle est destinée à occuper les esprits pour plusieurs semaines jusqu’à ce qu’une décision soit prise sur l’éventuelle extradition de Polanski aux Etats-Unis. Le monde du cinéma est concerné pour des raisons évidentes. Il a réagi immédiatement. Apparemment sur de mauvaises bases.

Depuis son blog, le directeur de la Cinémathèque Française M. Toubiana a lancé un appel à la signature pour la libération immédiate du cinéaste. Cet appel pose doublement problème. Par le caractère corporatiste de la démarche qui s'adresse à des « amis » du directeur. Et, plus important, par l’argumentation qui motive le soutien. Argumentation exprimée par le directeur dans le même blog, puis par un entretien accordé à France culture. A savoir : « Roman Polanski est un artiste, un cinéaste », et « le cinéma est un pays libre ». Cette plaidoirie a déjà eu l'effet de déplacer le débat sur l’opportunité de l’extradition d’un homme vers celui de trancher si un artiste est ou non au delà des lois.

La première est liée au cas Polanski. Wanted and Desire, documentaire réalisé il y a juste un an par Marina Zenovich est ressorti opportunément et dans quelques salles (Reflet Medicis pour les parisiens). Film modeste, satisfaisant pour ceux qui ont envie d’en savoir plus sur l’affaire.

La seconde est de taille. 1982. Franco Nero campe le Lieutenant Seblon, Jeanne Moreau est Lysiane, Brad Davis dans le rôle titre : Querelle. Rainer W. Fassbinder tourne sans le savoir son dernier film, d’après la pièce de Jean Genet. Querelle est un film où Fassbinder a voulu rivaliser avec La Mort aux trousses en matière de double, triple jeu. Sauf qu’il n’est pas ici question d’espionnage mais seulement de sexe et de mort. Il faut avoir vu Querelle au moins dix fois pour se souvenir de la géométrie amoureuse et sexuelle de l’intrigue. Vertigineuse. Et quelques jours suffisent à renvoyer le tout dans une magnifique brume. Une réplique, la première, résiste à l’oubli. Gunther Kaufmann derrière le comptoir d’un bar joue aux dés en compagnie d’un marin habillé cuir façon Lou Reed période Transformer, il lève les yeux sur Jeanne Moreau qui danse avec Hanno Polsh sur un morceau de guitare et lui dit : Hey, it’s Closing time.

Un tel déplacement polarise dès lors le débat entre défenseurs de la petite fille et soutiens du grand cinéaste. Le deuxième parti gagne peut être dans le cercle des « amis » du directeur de la cinémathèque et pour cette même raison il sera minoritaire partout ailleurs. C’est pourquoi, si elle est entendue, cette démarche risque de restreindre et de miner à jamais le champ de l’initiative en faveur de la libération.

Une autre attitude était possible. Offrir un soutien à un homme poursuit par une procédure judiciaire défaillante, voire inquisitrice. Considérations qui lui ont valu une bienveillance qui ne date pas d’aujourd’hui, mais que le temps écoulé et l’étrange réveil de l’autorité helvétique renforcent.

Les bonnes intentions de celui qui est à l’origine de cet appel ne sont pas en cause. Son dernier message : « question de style », où il s'agace des critiques qui sont apparues d’emblée, montre en revanche qu’il est incapable de mesurer le sens de ses propres actes. Il réduit la perplexité suscitée par son appel à un manque d’élégance. Et par là, il oublie que le style frivole et sophistiqué de son blog ne convient pas à cette cause. Que son étreinte à distance avec la figure du grand cinéaste évoque chez ses lecteurs l’image peu édifiante d’une guilde internationale de la mondanité revendiquant pour soi et au nom de l’art un insupportable statut d’exception normative. Précisément l’image de la villa de Mulholland Drive qui hante la figure de Polanski depuis 1978. Image qu’un avocat essaierait de mettre à distance mais qu'un procureur n'hésiterait pas à diffuser.