BY ANY MEANS NECESSARY
(FIRE WORDS, FIRE MUSIC, FIRE PICTURE)
Vendredi 13, 20 h au CENTQUATRE, salle 400
Depuis janvier 2009 Sylvain George filme les luttes de classes à Calais. En rentrant à Paris, il monte le matériel tourné. Puis il retourne à Calais et filme encore. Un premier « travail en cours » est montré au Cinéma du réel au mois de mars 2009. Deux mois plus tard, un montage toujours provisoire passe sur les écrans de Serpa en Portugal – séminaire Doc's Kingdom. Il compte trois parties de 26, 15 et 17 minutes. Le film s’appelle L’Impossible. Chaque semaine, un événement rappelle le réalisateur à Calais, l’empêche de terminer son film, ou plutôt l’invite à ne pas l’achever. Une rafle policière ; la mort d’un jeune migrant Afghan tué par la mafia ; des manifestations contre les expulsions des sans-papiers et des arrestations des militants. Sylvain George passe du temps en compagnie des migrants, arpente la jungle de Calais, se bat pour montrer ses images. Images inouïes d’un territoire en guerre civile, jamais vues ou bien occultés par la couverture médiatique des grandes chaînes.
Un jour, une scène déjà vue et filmée plusieurs fois, des linges en train de sécher pendus aux arbres, lui évoque la chanson Strange Fruits. Strange Fruits est le nom que donné aux Etats Unis aux noirs pendus aux arbres par le K.K.K. Il souhaite que des musiciens interprètent cette ancienne chanson de la tradition afro-américaine pour son film. Il pense à Archie Shepp – musicien de free jazz, dramaturge politiquement engagé. Après quelques tentatives ratées, plusieurs mails envoyés, quelques coups de fils, la rencontre a lieu.
Dans un film que Frank Cassani lui a consacré en 1984, Archie Shepp dit : « je n’aime pas le mot jazz, mais j’aime le cinéma. » Pourtant l’homme, dont l’allure fait immédiatement penser à un personnage de Cassavetes, est un des plus grands jazz men vivants. Saxophoniste, chanteur, pianiste, compositeur. Et lorsqu’il parle de musique, c'est pour aller vers les histoires des noirs immigrés du Sud au Nord, de la campagne vers les grandes villes de Philadelphie et de New York.
Vendredi 13 novembre, dans la salle 400 du CENTQUATRE, sera projetée une version sans musique de L’Impossible (dans celle montrée en première mondiale au FID 2009 on pouvait entendre deux morceaux). Archie Shepp jouera live une bande son conçue expressément pour le film.
L’intitulé choisi pour cet événement aligne une phrase de Malcom X, By any means necessary, et en sous-titre une deuxième citation qui semble répondre à l'autre, déclinant le titre d’un album d’Archie Shepp – Fire Words, Fire Music, Fire Picture. Dans une confrontation, sociale ou raciale, pour la libération de l’esclavage, chaque moyen est légitime. Mais quels sont les moyens nécessaires ? Les plus cruels, violents, sanglants ne sont pas forcément les plus frappants. Est-ce qu’un film, une chanson, une photo sont une arme de lutte efficace ?
Avant de répondre oui (ou non), et si la question vous travaille, venez vendredi 13 au CENTQUATRE. Pour ceux qui serons là et pour ceux qui n’y serons pas, nous proposons un dossier de textes et vidéos sur l’Impossible, une rencontre entre Sylvain George et Archie Shepp, réalisé avec la complicité d’André S. Labarthe que nous remercions.
ER, AT
PROJECTION/CONCERT. L’IMPOSSIBLE DE SYLVAIN GEORGE. MUSIQUE LIVE D’ARCHIE SHEPP.