Amateurisme et professionnalisme : union houleuse constamment questionnée par les films de la sélection du festival de Brive. L’entre-deux présenté ici n’est pas seulement celui d’un format mais du mode de production. De fiction française en documentaire norvégien - pour la deuxième année la compétition est ouverte aux films européens -, de film Fémis en film expérimental, d’un diptyque à l’autre, le paysage qui défile est aussi dense qu’ébouriffant.
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Panexlab, d’Olivier Séror & Rêve bébé rêve, de Christophe Nanga-Oly.
Panexlab est annoncé par la plaquette comme un film expérimental et par le réalisateur, Olivier Séror, comme un documentaire. Celui-ci précise en effet avant la projection, sérieux comme un pape : « Ces vidéos m’ont été transmises par un scientifique anonyme ayant travaillé sur un neuro-scanner capable d’afficher les images qui traversent l’esprit des rêveurs. Il a dû démissionner. ». Délégué général, Sébastien Bailly fait mine d’avoir crédité à tort comme réalisateur celui qui n’a fait que collecter des documents. Mais la plaquette voyait juste : Panexlab s’amuse de la malléabilité de la DV qui permet par exemple, par effondrement de pixels, de révéler au milieu d’un torse le personnage, apparu en avance, du plan suivant. Présent aux deux projections du film, Séror est posté au pied de l’écran derrière un ordinateur portable sur lequel on peut lire en lettres rouges : FRAGILE - MATERIEL SCIENTIFIQUE. Il compose en direct les déformations numériques de l’eau qui clapote en permanence, et des phallus qui ponctuent ces pseudo-réminiscences, l’idée étant de transmettre à l’illusion du rêve une dimension d’aléa, détachée de toute maîtrise consciente. On objecte quand même que la plupart des gens ne se contentent pas de rêver de prairies, de pièces vides et d’éviers dans le respect des limites d’un budget, détail qui nuit plutôt à la suspension d’incrédulité réclamée par la petite mise en scène évoquée plus haut.
A l’instar de beaucoup de réalisateurs sélectionnés à Brive, Christophe Nanga-Oly, récemment diplômé de la Femis, vise la restitution de l’amour naissant et des fourmillements stomacaux des premiers baisers. Gros plans sur les visages qui improvisent et la cigarette qui absorbe et diffuse l’angoisse. C’est d’ailleurs pour l’une d’elles qu’une belle gueule est tabassée, puis larguée par sa copine uniquement intéressée par son physique. Les raisons de sa disparition sont peut-être plus complexes mais le film n’en dit rien. Tandis que l’acteur se prête à l’exercice narcissique de la défiguration, sa maman (Elli Medeiros) cuisine des courgettes pour noyer son chagrin. La fascination de Rêve bébé rêve pour les plaies prosthétiques de son héros justifie peut-être la tendance à l’exhibition des siennes. Déchirements, violence sourde, histoire de beauté violée ne sauraient étonner et toucher qu’un public constitué de Filles en Noir à la Civeyrac.
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Pandore, de Virgil Vernier (Grand Prix France) & Un monde sans femmes, de Guillaume Brac (Prix Cine Cinemas, Grand Prix Europe)
Bienvenue devant la boîte de Pandore – comprenez sa boîte de nuit (le Cha-Cha). Le bien nommé Virgil place sa caméra devant l’entrée des Enfers et fixe, toute une nuit, le juge Matthieu accomplir son office de physionomiste, décider de qui vit, meurt ou attend. Peut-être est-elle là, l’origine de tous les maux, dont le racisme n’est que l’un des nombreux symptômes : dans cette mise au pouvoir d’un archange Minable. Savamment organisé, Pandore évite la redondance en dépit de la ritournelle assassine chérie du videur (« Je vous écoute ») et illustre les aspects de l’antipathie dont il fait son métier. Une suffisance étrange qui l’a poussé à se plier au jeu du documentaire, à porter un micro, à jouer certaines scènes ; le narcissisme du personnage s’y prête naturellement. On ne saura jamais ce que dissimulent les Portes Noires, et ne nous éloignerons pas des quelques mètres qui leur font face, de la cage en 16/9 du Cerbère. Les prétendants se suivent et se ressemblent, autour de leur gourou grotesque.



