Inglourious Basterds de Quentin Tarantino était, avec Tetro de Coppola, le film que Cannes attendait le plus. Nous sommes arrivés à la projection du matin avec vingt minutes d’avance. Trop tard. L’immense salle Lumière était pleine et le flux des accrédités dévié vers la salle-tente du 60e anniversaire où l’on a pu prendre place comme d’anciens cinéphiles du cinéma Mac-Mahon : au premier rang, la nuque raide, au pied d’un écran gigantesque. Musclée, tarantinissime, la bande-annonce du film faisait moins rire que peur. Elle laissait imaginer un pur film de vengeance où des américains reprendraient le rôle des cascadeuses de Death Proof, et Adolf Hitler celui de Kurt Russell. Quelques propos de Tarantino avaient filtré, assez généraux mais déjà théoriques, qui entretenaient les espoirs et les craintes : c’est le cinéma, et la foi qu’il a dans celui-ci, qu’il comptait opposer au nazisme. Le film a vraiment déjoué cette attente et, non sans un effet déceptif sur le moment, balayé les craintes. Film hyper-puissant, difficile à digérer. Pourquoi ? C’est un film sur le cinéma. Sur la puissance du cinéma. Le defi donquichottesque de Tarantino est de jouer un tour à cette force et de la dépasser. Son film se termine d’ailleurs sur une image proche de ce grand chef d’œuvre inachevé-inachevable qu’est le Quichote d’Orson Welles. C’est sur ce terrain que Tarantino va à la bataille. Pas facile de le suivre d’emblée. Mais impossible, en dernière analyse de nier sa grandeur.


