18

Independencia, de Raya Martin, Un Certain Regard.
10.

VINCERE de Marco Bellocchio, Compétion officielle.
Beau film. Trop intellectuel. Trop de choses : le futurisme et le mélodrame. Le cinéma muet. La tragédie grecque. L’Histoire, évidemment. Mélange laborieux. C’est un film qui se veut grand, qui veut Vincere. Film mussolinien ? Trop de contradictions (le mélo et la tragédie ne vont décidément pas ensemble). Très belle la réflexion sur le cinéma muet, les archives de ciné-journal et la fiction.
Mussolini est un opportuniste, un bon comédien, un clown (archives étonnantes même pour ceux qui les connaissaient. Et c’est une autre piste : Bellocchio ne montre que des épisodes connus : le duel avec Treves, le défi à Dieu). Tandis qu’Ida ne change pas. Elle est Antigone (et Médée). Du coup, Mussolini n’est pas un bon Creont.
Dans Bellocchio, toujours deux folies. Le Saut dans le vide : Folie évidente, de surface (Anouk Aimée), folie cachée, profonde et morbide (Michel Piccoli). Buongiorno Notte et le Sourire de ma mère : folie créative, imaginative, transformatrice, artistique (anti-folie donc) chez le peintre Ernesto Picciafuoco et la brigadiste Chiara ; folie rigide, fasciste, religieuse, fanatique du côté de l’église et des brigadistes qui tuent Aldo Moro.
Pour une fois le bon n’est pas du côté de celui qui change (Mussolini) mais du côté de celle (Ida Dalser) qui ne peut pas imaginer autre chose que son amour. Ce n’est pas rien, mais vraiment compliqué. Un détail : les scènes de sexe au début sont peut être importantes, mais elles dérangent. 7,9

Le Rois de l’évasion, Quinzaine des réalisateurs
Grand Film. Plus que grand. Gros ? L’histoire d’un gros pédé. Comment il sort de son personnage. Comment il fait s’évader tout le monde. Comment il fait sauter les barrières (sexuelles, mais pas uniquement). Sorte de Théorème inversé. Terence Stamp maigre et lourd dans Pasolini.  Armand (Ludovic Berthillot) en grosse danseuse arpentant la campagne d’Albi comme une abeille un pré. Le ton du film est d’une subtilité inouïe. On pense beaucoup aux Sopranos, début de la saison 6. On ne sait jamais où on est. Dans le comique ? Dans le rêve ? Dans le cul ? Dans un lit. Tout est un lit, et tout le monde dans le lit (tous les hommes, en tout cas). Petite (mais toute toute petite) déception pour Hafsia Herzi. Elle appartient à un autre monde que celui des hommes. Cette fois-ci c’est vraiment comme chez Pasolini (à quelques contes près), les comédiennes jouent, alors les comédiens vivent. 8


17

Vengeance de Johnnie To, Compétition officielle.
Hallyday / Costello : grand personnage. Troisième d’une série sur les tueurs en bande (The Mission, Exilés). Un To se juge – il serait capable de le vouloir – comme une bouteille de vin : Vengeance manque un peu de coffre, mais c’est une cuvée expérimentale. 8,3.

Le père de mes enfants de Mia Hansen Love, Un certain regard.
Film gentil. Trop gentil pour évoquer une histoire impitoyable (Humbert Balsan). Semble vouloir suivre au plus près la fabrique du financement (côté production) ; mais depuis la position affectée d’une disciple, d’une enfant. Affect inattaquable ; film inoffensif. 5.

Antichrist de Lars von Trier, Compétition Officielle.
De beaux animaux. Un plan de pénétration (rituel cannois) assez spécial. Beaucoup (trop) d’hystérie. « Where are you ? You, bastard » hurlé environ soixante-dix fois par Charlotte Gainsbourg (elle, toujours bien). Tropisme graphique : le bois comme graffiti. Film d’horreur tendance mutilation (Audition de Miike). Dédicacé à Tarkovsky. Joker – les ricanements suffisants de la salle nous auraient presque mis du côté de LVT. 5, 4

Beaux gosses de Riad Sattouf. Quinzaine des réalisateurs.
Excellent, efficace. Adaptation littérale des bandes-dessinées : vignettes, gags en trois cases. Apatow (pré-ados et une certaine douceur) mais complètement anti-Apatow. Sa  traduction en arabo-français (moins de folie mais aussi moins de marivaudage, moins sophistiqué). Une grande différence dans une nuance. Ex :
Supergrave : le groupe / Beaux Gosses : les copains
SG : leçon de cuisine / BG : leçon de biologie,
SG : l’amour entre amis/ BG : ça existe ça ?
etc…7,5.


16

Le Prophète de Jacques Audiard, Compétition officielle.
Pour l’instant, véritable faux bon film du festival. Jeune sans passé apprend tout en prison, commençant pas l’homicide = opération séduction. Le mouvement du film est une ascension. de zéro à l’infini. The Shawshank Redemption, mais à l’inverse (on est quand même en France). 5

Si tu avais su… de Hong Sangsoo, Quinzaine des Réalisateurs.
Trois grandes scènes de repas. Découpage dans le plan (avec la camera qui se balance dans le premier cadre, et rogne par un petit zoom) superbe d’intelligence et de complexité. 7.9

Kinatay de Brillante Mendoza, Compétition officielle.
Pas pire, pas mieux que Serbis. 5.

Mother de Bong Joon-ho, Un Certain regard.
Après The Host, retour à Memories of murder. En plus flou. 7.5.

Go Get Some Rosemary, de Josh & Benny Safdie, Quinzaine des Réalisateurs. 
Leur meilleur film. Toujours la même limite : super 16 et l’indie à tout prix (comment le sanctionner ici ?). Belle la fin avec l’ascension en enfer. 7.


15

Bright Star, de Jane Campion, Compétition officielle. 
Eloge de tout ce qui est anglais : l’accent, la pudeur, la blague, la campagne, la frigidité. Et Keats. Soûlant, sans plus. 4.

Yuki & Nina, de Nobuhiro Suwa et Hippolyte Girardot, Quinzaine des réalisateurs. 
Petit à petit, grand. 9.

Taking Woodstock, de Ang Lee, Compétition officielle. 
A défendre. Moins évident que Hulk et Lust, Caution. Mais forte l’idée d’utiliser Peace & Love pour fabriquer un champ de bataille. Woodstock, la bombe atomique. 7.8

Ne change rien, de Pedro Costa, Quinzaine des réalisateurs. 
Un film d’Olivier Assayas réalisé par Pedro Costa. 6.9


14

Tetro, de Francis Coppola, Quinzaine des réalisateurs. 
Coppola à son meilleur : généreux et retenu. Gallo énorme, vieux, jeune et rourke. Introducing Alden Ehrenreich, 19 ans, premier rôle, vraiment bon. 8.5.

Thirst, de Park Chan-wook, Compétition officielle. 
Scènes qui se détachent l’une après l’autre de la narration comme des couches d’écorce ou des peaux mortes. Film justement préoccupé par des problèmes de peaux, très Planète terreur. Beaucoup de décrochages de ton, naïf, grinçant, ampoulé – lot commun des films de Park, meilleur dans la narration, les voix-off (Lady Vengeance), ici absentes. Film-vampire : vorace, gourmand, grotesque. 6.

Les Chats persans, de Bahman Ghobadi, Un Certain Regard.
Film réalisé en dépit de la censure iranienne. Donc incritiquable. Underground, mais de surface. 6.

Huacho, d’Alejandro Fernández Almendras, Semaine de la critique
Portrait austère de la vie d´une famille de paysans chiliens. De longs-plans-séquence caméra a la main. Des personnages qui marchent, perdus dans le désert de Gerry. Quatre histoires qui démarrent au même moment : le matin, très tôt, dans un pauvre ferme de la campagne chilienne. Film silencieux, mais pas seulement. Travail très précis entre la fiction et le documentaire. Sorte de manuel d’emploi du capitalisme : une description sèche, à petite échelle, de la perversité néo-libérale, eau sale qui s’infiltre et pourrit tout. Description précise et impitoyable du quotidien des quatre membres d’une famille. Des cas pratiques démontrent comment l´empire de l´injustice et l´avarice n´ont pas seulement des conséquences économiques, mais aussi morales. Par exemple : 1. La grand-mère qui vend au bord de la route les fromages qu´elle fabrique, et se trouve confrontée à la montée des prix du lait. Elle doit remonter le prix de ses fromages pour compenser, mais personne n’en achète plus. 2. La mère, elle revend la jupe qu´elle vient de s´acheter pour payer la lumière de la maison. 3. Le fils, ses compagnons d´école l’ignorent en raison de sa classe sociale, il finit par les trahir et les dénoncer devant le prof. Petite vengeance, la première pierre d´un chemin de rancœur et haine. Le plus intéressant est de voir comment le cinema répond aux défis de l´histoire avec urgence. Comment il peut être beau et urgent, métaphore et drapeau, dénonciation et recherche formelle. Huacho est l’un des portraits les plus précis de la crise mondiale et de ses vraies victimes : ceux (nous tous) qui assument sans le savoir une idéologie pourrie dans leur vie quotidienne. 7.2
[Du carnet de notes de Gonzalo de Pedro]


13

Up, de Pete Docter, hors-compétition. 
Premier film convaincant en 3D – effet bocal, les yeux dans la télévision. Bon niveau de gag. Confirmation après Wall-E d’un attrait pour le silence. Virage psychédélique. Héros calqué sur Scorsese (ce dernier aussi de passage a Cannes) 7,3.

Nuit d’ivresse printanière, de Lou Ye, Compétition officielle. 
Grand culot (film souterrain, anti-système, etc). HD un peu pauvre, qui dérange dans les mouvements de caméra et les gros plans. Beaux inserts de poésie érotique. 6,7.

Independencia : 10

Yuki & Nina : 9

Tetro : 8.5

Vengeance : 8.3

Le Roi de l’évasion : 8

VINCERE : 7.9

Si tu avais su... 7.9

Talking Woodstock : 7.8

Beaux Gosses : 7.5

Mother : 7.5

Up : 7.3

Huacho : 7.2

Go Get Some Rosemary : 7

Ne change rien : 6.9

Nuit d’ivresse printanière : 6.7

Les Chats persans : 6

Thirst : 6

Antichrist : 5.4

Kinatay : 5

Le Père de mes enfants : 5

Le Prophète : 5

Bright Star : 4