FIN

« In the end we only have ourselves » Un mot de Raya tiré de la dernière vidéo postée sur Independencia.fr. Le site s’arrête aujourd’hui avec un peu de retard sur la fin du festival. Cannes, depuis mardi, n’occupe plus personne. C’est la loi d’un festival, les revues de cinéma mensuelles le vérifient chaque année : deux semaines après le palmarès, au moment d’écrire sérieusement, Cannes n’intéresse plus que le lectorat professionnel. Et encore. Independencia.fr continue de nous occuper. Inévitablement, tout n’a pas été possible. Contrairement à d’autres années, nous avons à peine lu la presse. Peut-être trop filmé et trop peu écrit. Foiré quelques prises de son. Constamment rattrappé des coquilles, pas toutes. Et manqué, c’est sûr, un certain nombre de projections et d’occasions importantes.
Nous avons utilisé Cannes comme tout le monde. Comme une scène, un laboratoire, un entraînement. Monter un site, faire quelques essais, tester le débit de travail, en vérifier la réception. Des messages ont soutenu cette démarche. Encore plus précieux, des marques d’intérêt pour le travail entrepris et ce qui s’inventait au jour le jour.
Il faut le dire, nous étions d’emblée by ourselves. Parce que les Cahiers, qui ont fourni l’accréditation mais ni le transport, ni l’hébergement (nos sincères remerciements aux camarades de l’Acor) et encore moins le défraiement, sont aujourd’hui une entité énigmatique, y compris pour ceux qui s’y trouvent. Suspendue entre un passé de plus en plus fantômatique – on demande à la rédaction de travailler comme si de rien n’était ; et des lendemains qui n’adviennent pas – des rumeurs circulent partout, sauf au sein des Cahiers dont le poste de rédaction en chef reste vacant. Entre temps, la revue n’a d’autre politique éditoriale claire que celle de sortir un numéro par mois. Nous sommes donc seuls, mais pas pour se lamenter. On le constate par soi même ou en lisant les notes d’anciens rescapés : écrire ailleurs libère, décoince, bref, fait vraiment beaucoup de bien. Reste la question économique. Un site ne coûte pas cher. Celui-ci nous aura coûté, pour l’heure, 80€. Auxquels ajouter une vingtaine d’euros pour les carnets et les stylos pinceau, + un billet pour Cannes, et des pizzas. 50€ supplémentaires, tout récemment, pour passer de Dailymotion à Vimeo, lecteur nettement plus performant sur lequel toutes les vidéos viennent de basculer. Petite économie, mais économie quand même. En  trouver  une  qui  serait  soutenable, c’est  déjà  placer  en  haut  de la liste le sens de la profession critique. Quelle est la raison sociale d’existence de la critique de cinéma. Quels intérêts, besoins, envies sert elle ? Des sites et des blogs ont reporté la critique de cinéma sur Internet. Ce report semble insuffisant. Internet permet une infinie liberté de vitesse, d’écriture, de mise en forme, de
raffinement même. Internet devrait faciliter les actions collectives (comme celle lancée par notre ami Sylvain sur la littérature musicale) mais a paradoxalement surtout favorisé les espaces individuels.
Quant aux sites de cinéma à proprement parler, il serait faux de dire qu’aucun n’est apparu ; mais aucun n’a cherché à se réinventer par rapport à son objet. La plupart des architectures sont si contraignantes qu’on épuise ses forces à remplir des cases, à tenir des objectifs. La forme qu’a pris Independencia.fr à Cannes n’était que celle que nous savions pouvoir tenir – celle, minimale, d’un carnet et d’un agenda. Les idées ne manquent pas. Mais elles ne peuvent venir que de là : de ce qu’il est possible de faire, sur le moment, avec un objet donné. C’est l’essentiel de ce qu’Internet permet. Une revue pérenne devrait fonctionner de la même manière, ouverte et déterminée. L’idée principale est de ne pas avoir de structure définitive. De laisser l’occasion et l’énergie imposer d’elles mêmes la forme et le contenu. 
[Idéalement bien sûr, il s’agirait aussi de pratiquer l’inverse. D’imposer un événement, un agenda. La capacité de produire un événement est qui manque le plus aujourd’hui à la critique. Ce qu’a réussi, dans un domaine qui n’est pas le nôtre, un site américain auquel on porte beaucoup d’attention, Pitchfork. Le système de notes à décimales vient directement de là. Les vingt, trente 10.0 que Pitchfork a attribué tout au long de ses dix années d’existence ne disent pas bien sûr que tel disque est parfait, mais constituent à terme un guide pour comprendre la politique du site. En quoi, on peut les trouver bons ou mauvais, justes ou suffisants. En quoi, surtout, ils sont une revue.]
Nous arrêtons pour quelque semaines. Pas longtemps. Le prochain rendez-vous est le FID Marseille, une ressource vitale pour la critique de cinéma, et pour ce qui nous concerne une origine – c’est grâce au FID et à Jean-Pierre Rehm que nous avons pu découvrir, revoir ou rencontrer Pedro Costa, Joe Weerasethakul Jean-Claude Rousseau, John Gianvito, Pierre Creton, Rithy Panh, tant d’autres. Raya Martin notamment. Grâce à lui que nous avons pu aussi entrer dans un lieu d'égalité entre cinéma et art, documentaire et fiction, archives, séries télés, critique et programmation. Une telle scène d’égalité est, on le redit, la moindre des choses pour une revue de cinéma contemporaine. L’idée est d’être à Marseille tout comme on a été à Cannes. Et de lancer un site dans les semaines qui suivent, sur la même base quotidienne et avec l’idée qu’un film, qu’il soit diffusé en salles, dans une galerie ou à la télé, nous intéresse de la même manière. C’est un défi qui nécessite de rester indépendant mais nombreux. Le mail de la rédaction est ouvert, la rédaction aussi.

ER, AThttp://onagoodday.over-blog.comshapeimage_2_link_0