13

Ruinas / Ruines de Manuel Mozos. Portugal 2009, 60’.
Un texte ici. Sinon, le cinéaste a été victime d’une agression dimanche soir. Il va bien. Pas de ruines. 8

The Cat, the reverend and the slave d’Alain Della Negra et Kaori Kinoshita. France 2009. HD, 90’. CF
Chat, révérend, esclave : trois des personnages du nouveau film d’ADN et KK, terme d’un long travail sur Second Life. Le premier fait partie des « furries », croyant fermement que leur squelette cache l’esprit d’un animal : je suis, comme un chat, hyperactif, paresseux, etc (et je porte des oreilles et une queue de fourrure). Le second a monté, devant la recrudescence des lieux pornos sur « SL », une église qu’il inonde de chants enregistrés en couple à la maison. Le troisième s’habille en femme et en est venu à dresser, lui aussi, des esclaves sexuels rencontrés sur Internet. C’est ici moins l’évasion vers Internet que le trajet retour, la modélisation de la vie sur le village 3D. Banlieues américaines, couples obèses sauvés par leurs avatars canons, négociant leur rapport amoureux par un détour digital. Belle idée. Parmi d’autres. Qui débouchent dans un lieu « utopique », demi-cercle de 3 km de diamètre dans un désert américain. Une troisième life. 8,2

Sur place. 4 Revenants des guerres libanaises de Monika Borgmann et Lokman Slim. Liban 2009, DV cam, 65’.
Par les réalisateurs de Massaker. Quatre témoignages sur les guerres civiles libanaises, les enlèvements, les massacres, les disparitions, par certains de ceux qui les ont perpétrés. Quatre témoins ayant choisi les conditions de leur témoignage, de face, de dos, de face, masqué, à la seule condition que tout soit filmé. 7,7.


12

L’impossible – Pages arrachées de Sylvain George. France 2009, Super8, DV cam, 17mm, 135’.
A la gauche de la gauche. Attention au précipice. Texte ici. 8.

Phantoms of Nabua et A Letter to Uncle Boonmee d’Apichatpong Weerasethakul. Thailande et Royaume Unis 2009, 20’ / 17’50’’
Texte ici. Films ici et là. 8,5 / 8,1

Material de Thomas Heise. Allemagne 2009, 164’.
Grand prix du XXe FID ? Texte ici, entretien là. 9


Commissariat de Ilan Klipper et Virgil Vernier. France 2008, DV, 85’.
Pas plus balisé que le terrain du commissariat. Cellules, intérieurs de fourgons, bureaux, cages d’escaliers ; procès verbaux, dialogues de sourds, monologues d’ivrognes. A quelle distance se tient ce commissariat de ceux de TF1 ? La rigueur d’un Depardon : beaux plans, cadres 4/3. Mais ni procès ni éloge. Plus proche de Wiseman. Au plus loin d’un rapport de victimes à coupables. Uniquement des rapport affectifs. Des conseils de vie aux déshérités de l’amour, la souffrance de la non-reconnaissance au terme d’un sauvetage héroïque. Sortie du film prévue en fin d’année. Vidéoentretien ici. 8.

11

Manila in the Fangs of Darkness de Khavn De La Cruz. Philippines 2008
Hasta la victoria siempre de Santiago Alvarez. Cuba 1967

[D’une conversation avec Fernando Ganzo] Dans la sélection superhéros, héros du monde. Deux en l’occurrence. Che dans Hasta la victoria siempre, réalisé dans la foulée son assassinat en Bolivie (exploit d’Alvarez, superhéros des courts délais : « il a fallu achever le film dans un laps de temps à peine imaginable ») – images du premier appel du commandant à la nation cubaine via la Radio Rebelde, puis de son speech en tant que représentant de Cuba aux NU. Dans Manila un héros mineur et d’ailleurs un vrai salopard. Epris d’une fille en blanc qu’il imagine vierge, innocente, sainte chrétienne et qu’il suit dans les rues de Manila comme un ange secret et protecteur. Quand elle l’attrape, elle la découvre au lit en train de baiser avec deux mecs. Gaffe à la sainte putain alors. Le héros fait une boucherie de tout le monde. Entre Alvarez et De La Cruz, le saut est fort. Che : un homme-peuple, un homme qui s’habille d’un drapeau). Dans Manila le héros s’inspire de deux personnages du cinéaste Lino Brocka : le romantique Julio Mandiaga de Manila in The Claws of Neon (1975) et le terrible fasciste général Kontra de Fight for us (1989) ce dernier à son tour mélange des cangaceiros de Rocha relus à la philippine (pays qui contrairement à Cuba a raté sa révolution), c’est à dire un ex rebelle-communiste converti à la répression, style Contras regano-tarantiniens : on bavarde et puis on kill Bill. Le plus fort de Manila, par ailleurs pas très bon, ce sont en effet les extraits du film de Lino Broka et comment par là De la Cruz construit un texte nouveau. Un pas de plus vers une réorganisation des rapports doc-fiction. Parfois répétitif mais belle liberté. On pense souvent à Tarantino. C’est un réalisateur d’aujourd’hui. A l’aise avec l’histoire du cinéma, mais punk et de mauvais goût. 5,7 / 6


10

Série Noire de Jean-Claude Rousseau. France 2009, 19’. Séance spéciale. 8.2

Dilettante de Kris Niklison. Argentine 2008, 72'. CI, CP.
[D’une conversation au café Lyly avec Francisco Ferreira] Strange Story de Lynch, mais sans tracteur. Une femme née en 66, ayant passé 20 ans au Pays-bas, décide de revenir en Argentine pour vivre à la campagne et filmer sa grand-mère. De très près. Caméra candide. Close-ups extrêmes sur la peau. Genre Kawase, mais pas vraiment. Ce n’est pas un journal. La grand-mère est drôle. Le film enregistre beaucoup pour ne tirer que la réunion de moments drôles. Film à blagues qui se moque de son personnage / nous fait rire avec lui. D’où l’appréciation relative : généreux ou acerbe. Le genre de film où l’on se demande qu’est-ce que j’en ai à foutre. 4.

1958 de Ghassan Salhab. Autriche 2008, 7'20''. EP
[D’une conversation au café Lyly avec Francisco Ferreira] Version poétique de l’Histoire par la mère du cinéaste libanais. « Pas de films sur sa propre grande mère », meilleure maxime de Deleuze. Pas d’équilibre des forces entre le témoin et ce qui est autour d’elle. Des images et des sons, des travellings, des enchaînements aquatiques, une abondance d’images et de sons superficiels, toujours vers le poétique, qui provoque un peu de dégoût. Autre film qui entretient un rapport à l’Histoire dans le registre de la confession. 4,8

Ne change rien de Pedro Costa. Portugal/France 2009, 108'. CI.
[D’une conversation au café Lyly avec Francisco Ferreira] Après Cannes, autre son de cloche. Beaucoup l’aiment. Sidération par le sens matériel / sonore que le film donne. Impression très physique. On sent le son, la musique, les respirations, une ambiance sur le point de disparaître. Tous les films de Pedro depuis Le Sang se dirigent vers nous. Ici on sent un trou noir, tout le film sucé par la toile, et le film projeté derrière l’écran. Une force magique – ce qu’on ne doit jamais écrire – une tension hallucinatoire qui enlève tout, surtout sur les essais. Pendant les essais, sans les contraintes de l’apprentissage et de la répétition, tout a une ambiance de film noir, de Nicholas Ray, comme des gangsters cachés dans une forêt, en train de fuir. Pas un documentaire sur la musique ni un film rock. Jeanne n’est pas Balibar, mais un personnage de Pedro, un personnage qui se transforme par des effets matérialistes. Le plan des deux femmes qui fument, hommage à Naruse : « le café où j’ai trouvé ces femmes est en face du cimetière où repose Naruse », disait Pedro. Ca fait bête de l’écrire. Mais ça aide à faire des films. 6,9

You give us the air / La Berçeuse de Dziga Vertov. U.R.S.S. 1923, 29' / 1937, 55'. EP
[D’une conversation au café Lyly avec Francisco Ferreira] La séance qui a provoqué les sensations les plus fortes. Deux films rares de Vertov. Pas un hasard de programmation. Gorin y a pensé. Premier film, un de 1923, You give us the air (en anglais), une histoire comique et dynamique sur l’aviation soviétique. Les premiers essais de vol. Un film de fous. 2e film, peut-être le tout dernier de Vertov : La Berçeuse, réalisé en 1937 années des grandes purges. On savait déjà, on avait l’obligation de savoir qui était Staline. C’est la clé pour entrer en enfer. Descente brutale. La Berçeuse commence par un éloge de la maternité, on ne se rend pas compte dans les 15 premières minutes que c’est un film de propagande, puis un enfant chante merci pour la paix que nous avons en ce moment. Le moment des purges. Merci mon beau soleil Josef Staline, qui apparaît avec des enfants. Un film infernal, monstrueux, qui met ensemble Staline et des bébés, en alternance. Un bébé, un Staline, un Staline avec un bébé. Etat de désespoir dans lequel Vertov s’est retrouvé à la fin de sa vie. Un travelling de Kapo avant la lettre, en dix fois plus abject. 8 (pour la séance)

Vidéomappings : Aïda, Palestine de Till Roeskens. France/Territoires Palestiniens, 2008, 46’. CF.
Dispositif graphique qui évoque Le Mystére Picasso. La caméra fixe le devant d’une feuille au dos de laquelle des témoins cartographient, tout en les racontant, leurs trajets dans et hors les camps de réfugiés d’Aïda. Les check-points, les embûches, les murs et les brèches. Le dispositif, nettement plus cheap que celui de Clouzot (une fine feuille transpercée par l’encre du marker) gagne en précision tout au long du film. Passionne surtout par la fonction qu’il donne au réalisateur : filmer un trait qui peut venir de partout. 8

Hinterland de Marie Voignier. France, 2009, 49. CF.
Un lieu fascinant : un ancien chantier aéronautique transformé en base de loisirs tropicale sous dôme posé au milieu de la campagne allemande. Dedans les palmiers d’un village global nommé Tropical Islands, dehors une ancienne base soviétique non loin de Krausnicki à 70km au sud de Berlin. La transformation d’un lieu emblématique de l’Allemagne divisée en rêve cosmopolite de tourisme allemand. Le dispositif dedans / dehors entérine vite le sarcasme amusé (tendance au petit comique documentaire) d’un monde sans frontières à condition d’être sous cloche. Mais celle-ci est un autre mur que tentent de gravir les déshérités du communisme. Un lieu qui exclut l’extrême droite en offrant à ses postulants métisses un emploi stéréotypé. 6,7


9

Lunch Break de Sharon Lockart. Etats-Unis, 2008, 83’.
[D’une conversation au café Lilly avec Fernando Ganzo] On pense à Possible Lovers de Raya Martin. Réflexion similaire sur la durée et le mouvement. Raya dans le registre de l’émotion. Lockhart dans le champ social. Impression (confirmée) de film de sous-marin. Le son, le couloir, les tuyaux, même des moments de suspense, des pressentiments de catastrophe. Pourquoi ce lieu ? Cela ne pourrait pas être tourné n’importe où. Il faut être enfermé avec des travailleurs. Presque une sorte de road-movie, des rencontres avec des ouvriers qui apparaissent et sortent du champ une bonne fois pour toute, des personnes qu’on aura croisé sur notre route. La disparition des ouvriers. Le moment le plus important : le générique avec le nom des ouvriers à la fin. Puissance testamentaire. Fait penser à Necrology de Standish Lawder, un plan d’escalator sur lequel des gens défilent de bas en haut, puis le générique où des noms suivent le même mouvement et nomment chaque acteur, parfois de manière fantaisiste. 8,5

Maniquerville de Pierre Creton. France, 2009, 84’.
[D’une conversation au café Lyly avec Francisco Ferreira] Une vraie mère, une vraie fille, qui décident de ne pas mettre en évidence ce rapport dans la réalité, mais de jouer deux personnages différents qui essaient de s’approcher. Didactisme ou lyrisme. Françoise Lebrun, son personnage, fait des lectures de Proust qui sont des réflexions sur la mémoire, le Temps, à des vieux dans une maison de retraite, en train de perdre la mémoire de ce qu’ils ont vécu. Tout est assumé, longs passages de lecture de Proust, et rapport étrange entre le personnage de Lebrun, une actrice, et celui de sa fille, qui joue son rôle d’animatrice. Il n’y a jamais entre les deux de rapport mère / fille évident (rapport filial toujours surligné dans les documentaires). Etrange noir et blanc. Tout film avec Françoise Lebrun est hanté par La Maman et la Putain. Celui-ci est le premier qui s’y confronte ouvertement, et pourtant s’en dégage avec légèreté. 8,6

Skorecki déménage de Louis Skorecki. France, 2009, ‘78.
Avec les deux Louis, le vieux et l’enfant de Cinéphiles III, où l’un était réalisateur, l’autre cinéphile. Ici, L prend L à témoin de son licenciement. L’un fait l’acteur en sweat Bob Dylan, l’autre le lutin en sweat Merle haggard. Générique étrangement signé : un film de Skorecki « mis en image » par Raphaël Girault. Mais l’idée est belle. Faute de s’en prendre à une mise en scène, la mise en image fâche. Moche, elle fonctionne parce qu’elle rejoint ce qu’elle donne à voir. L’espace aseptisé, inhospitalier du journal de Sartre et de Serge, qui vient de tomber dans les mains de Rotschild. Drôle de déménagement : impossible, retardé, traîné. Acteur par férocité. Quand enfin « Skorecki déménage pour de bon » c’est parce que le film a définitivement montré qu’il n’y a rien à emporter. Libé est vide. 6,9


8

La Terre de la folie de Luc Moullet.France 2009, 90’.
Il aurait peut-être mieux valu ne pas le revoir. Ou pas si vite.
6,8

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Material : 9

Maniquerville : 8,6

Phantoms of Nabua : 8,5

Lunch Break : 8,5

The Cat, the Reverend...  : 8,2

Série Noire : 8.2

A Letter to Uncle Boonmee : 8,1

L’impossible – Pages arrachées : 8

Vidéomappings : 8

You give us the air / La Berçeuse : 8

Commissariat : 8

Ruinas : 8

Sur place : 7,7

Ne change rien : 6,9

Skorecki déménage : 6,9

La Terre de la folie : 6,8

Hasta la victoria : 6

Manila in the fangs of darkness : 5,7

Hinterland : 6,7

1958 : 4,8

Dilettante : 4