L’IMPOSSIBLE – Pages arrachées
de Sylain George
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Depuis environ un an, le nom de Sylvain George circule à Paris, accompagné de la rumeur flatteuse d’une renaissance, en France, d’un cinéma militant trouvant son efficace dans la plus haute ambition esthétique. Nicole Brenez l’a programmé à la Cinémathèque Française, une rencontre entre le cinéaste et Jacques Rancière a eu lieu à l’Espace 1789 de Saint-Ouen. En plus des films d’intervention, petites formes captées sur le vif de la répression policière des sans-papiers, immédiatement diffusées sur internet et dans les réseaux militants, il mène de front depuis trois ans la réalisation de deux longs-métrages. Des états inachevés en ont été montrés en juin dernier à Doc’s Kingdom, le formidable séminaire sur le documentaire organisé chaque année à Serpa, au Portugal, par José Manuel Costa. Le FID présente en première mondiale une version plus aboutie de l’un d’entre eux, L’Impossible – Pages arrachées. Sylvain George consacre l’essentiel de son travail à la réalité des migrations économiques, à la question des frontières et des répressions d’Etat qui pourrissent la vie des migrants.
Calais, le cœur du problème. Les nombreux films sur Calais qui se succèdent dans les festivals de documentaire échouent sur l’un ou l’autre de deux écueils connus. Soit l’impuissance documentaire d’un cinéma qui croit pouvoir assumer sa haine de l’art au prétexte d’un engagement politique : têtes qui parlent, voix off accusatrices, néant esthétique. Soit l’impudeur et la légèreté d’un art vidéo qui vient cueillir ses formes floues le temps d’une promenade d’esthète dans les champs de la misère. A notre connaissance, Sylvain George est le premier cinéaste à éviter ces deux écueils, en affirmant l’évidence qu’au cinéma, la singularité politique des personnes, donc leur parole, dite ou tue, n’apparaît qu’à condition de trouver dans la fréquentation des corps les formes qui les feront voir. Sylvain George a passé de nombreux mois à Calais, partageant la vie de ce peuple invisible. Il n’a pas capté leur rage ou leur désespoir, il a cherché avec eux les formes de leur dignité. En super-8 ou en DV, il filme des scènes de vie quotidienne, et descendant au plus banal, à l’insignifiant, il atteint au cœur des
