Phantoms of Nabua
Phantoms of Nabua

8,7/10
8,1/10
d’autre qu’une destruction artificielle et joueuse dans l’un, une remémoration douce dans l’autre. Au moins devrait-on savoir que la Thaïlande connaît, depuis quelques années, une ère d’instabilité politique sans précédent. Que l’ancien premier ministre Thaksin, bien qu’ayant dû se résoudre à l’exil, continue de distribuer ses sbires sur l’échiquier thai et de recevoir le soutien des campagnes bernées par le populisme de leur favori. Qu’enfin Apichatpong, dont on ne peut vraiment pas dire que son tempérament le porte à la lutte armée, fut en 2007 de toutes les manifestations anti-Thaksin. Tout cela pour dire qu’il n’est pas anodin d’aller à Nabua en quête des esprits réincarnés des victimes d’un gouvernement, ou de leur progéniture insouciante, joueurs de foot ou soldats alanguis. Pas anodin qu’à l’endroit de ces deux films, Joe ait lâché le mot documentaire.
Comme toujours chez lui, cette spectralité vient dans le plus grand calme. Une partie de foot anodine malgré des flammes dangereuses. Une histoire de fantômes qui ne fait pas peur. Une absence totale de terreur malgré la destruction et la mort. C’est la terreur même qui manque et qui doit revenir, doucement comme on apprivoise un tigre. Tropical Malady avait donné la clé : une première partie idyllique et paisible, puis une seconde où la dépossession amoureuse s’incarnait dans un bestiaire. Syndromes and a century avait déplacé le problème du côté de la lumière : du soleil de la campagne aux néons des hôpitaux urbains, l’histoire ne se racontait que par là, et le mouvement du siècle était celui d’une projection collective.
Dans Phantoms of Nabua, la lumière se présente partout et sous toutes les formes. Un néon s’allume au premier plan, puis des éclairs crépitent, un écran s’allume, un ballon s’enflamme, un écran s’embrase, un projecteur projette un rayon sans image. De plus en plus précisément, les différents états de la lumière finissent par décrire précisément le cinéma et sa fraternité avec l’apocalypse, la catastrophe, la puissance de destruction de la nature. Comment tous deux, cinéma et nature, sont capables de rendre la matière d’une histoire qui finit en fumée.
CN, AT, ER