DIARY #2 - 29 JANUARY



1. Oxhide II (2009), Liu Jiaying's intimate film set in a single room and showing her and her parents preparing dumplings for 133 minutes in what is very close to real-time, is simply made and may be simply described but is anything but simple. Starting with the father preparing oxhide leather in what one presumes is the back of the family's retail shop, it moves on to an extended series of tableaus around a wooden table on top of which mother, father and daughter begin to prepare a meal. Liu Jiaying comes in and measures chives that her mother says should be cut in 4mm slices. The father shows her a pinching technique for closing dumplings, and the mother shows her yet another technique. They occasionally argue about minutiae, such as whether a cut of meat should be chopped with its fat. The film has a grand total of nine shots, each one emphasizing a different angle, but always in the general direction of the table (sometimes directly above or below it). The three characters step out of the frame every once in a while and come back with new ingredients, tools or arguments, and eventually the dumplings are boiled and promptly consumed. That's all there is to it. And yet, it manages to be a profound reflection on family and the art of passing down knowledge. Not only that, but it gives back importance to the cheapened (through its frequent misuse) concept of real-time. The insistence on this form makes it a kind of Warholian exercise, capturing the essence of a time and place by choosing to make both time and place invariable. Oxhide II is preceded by Oxhide (2005) but its viewing is not contingent on the earlier film.

2. As mentioned earlier in this series of reports, Kiju Yoshida's Good For Nothing (1960) showed the initial promise of one of Japan's best and least-known post-50's filmmakers. Unlike most of his contemporaries, Yoshida was not an apprentice filmmaker at Shochiku: he won the job of director and scenarist spontaneously without much previous film-related experience, and he would eventually leave the studio system behind for the Art Theatre Guild production company where he made his best work. The Eighteen Who Stirred Up a Storm (1963, 108'), which continued Rotterdam's Yoshida retrospective with its first screening today, is unfortunately one of his most stylistically conventional films, remarkably slapdash in its construction, and frustratingly one-dimensional in its portrait of a group of lower-class teenagers assigned to work in a labor camp. None of the young characters' personalities emerges to say anything coherent about where they're coming from, and that is perhaps Yoshida's intention. But this distancing defeats any kind of emotional understanding removed from the context of the time (which remains essential but will be unfamiliar to Western spectators).

3. The political revisionist, activist and author Howard Zinn passed away just as the festival was starting. This news has hit visiting filmmaker John Gianvito especially hard. Anyone familiar with Gianvito's work knows that Zinn's spirit lingers prominently over it. His Profit Motive and the Whispering Wind (2007) was a free adaptation of Zinn's A People's History of the United States, and from the description, his latest work, Vapor Trail (Clark) (2010, 264'), derives equally in its militant approach. The world premiere of Vapor Trail will happen tomorrow, and it will likely be an introspective moment for Gianvito and all those who are present...



JOUR #2 - 29 JANVIER



1. Oxhide II (2009), Le film intimiste de Liu Jiaying se déroule dans une seule et même pièce, que Liu partage avec ses parents et dans laquelle ils préparent des raviolis chinois, pendant 133 minutes, ce qui est très proche d’un temps réel. Le film est fait dans une grande simplicité de moyens et peut être simplement décrit, mais il est tout sauf simple. Cela commence par le père qui prépare un cuir, dans ce qu’on peut imaginer être le fond d’une petite boutique de vente au détail familiale, puis le film continue et se déroule en une série de tableaux autour d’une table en bois, avec à sa tête, mère, père et fille préparant le repas. Liu Jiaying arrive et mesure la ciboulette, qui doit selon sa mère être découpée en tranches de 4 mm. Le père lui montre une technique de pinçage pour fermer les quenelles, sa mère du coup lui en montre une autre à son tour. Ils se disputent épisodiquement sur de minutieux détails : un bout de viande doit-il ou non être cuit avec sa graisse. Oxhide II comporte, en tout, neufs plan, chacun desquels accentue un angle différent, mais touts sont en direction de la table (parfois directement au-dessus, parfois en dessous). Les trois personnages sortent du champ, de temps à autre, et y reviennent avec de nouveaux ingrédients, de nouveaux ustensiles, de nouvelles discussions… Bientôt les quenelles seront bouillies et rapidement mangées. Voilà pour l’action. Ce film parvient, pourtant à proposer une réflexion sur la famille et l’art de la transmission du savoir. Pas seulement d’ailleurs, il parvient également à restituer un intérêt au concept de temps réel, normalement si dévoyé car si mal employé. L’insistance donnée à cette forme le rapproche d’un exercice Wharolien, qui capture l’essence d’un moment et d’un endroit, en choisissant l’invariabilité de ceux-ci.. Oxhide II est précédé de Oxhide (2005), mais sa découverte n’est pas conditionnée au film précédent.

 

2. Comme déjà mentionné ici, le film de Kiju Yoshida, Bon à rien (1960) nous montre les débuts si prometteurs de l’un des meilleurs réalisateurs japonais, trop méconnu, post années 50. Contrairement à ses contemporains, Yoshida n’était pas un apprenti réalisateur à Shochiku : il gagna la place de réalisateur et scénariste quasi naturellement et sans avoir beaucoup d’expérience en matière de film ; il finira d’ailleurs par laisser derrière lui le studio pour l’Art Theatre Guild production Company, où il a réalisé ses meilleurs films. 18 Jeunes Gens à l'Appel de l'Orage (1963, 108’) aujourd’hui présenté et toujours dans le cadre de la rétrospective que lui consacre Rotterdam, est malheureusement un de ses films les plus conventionnel d’un point de vue stylistique, à la construction bâclée, et frustrant dans son portrait à une dimension d’un groupe d’adolescents prolo obligés de travailler dans un camp de travail. Aucun de ses personnages n’émerge et permet de dire quelque chose d’un peu cohérent à propos de leur passé, et c’est peur être ce que veut Yoshida. Mais cette distance vainc toute possibilité de compréhension émotionnelle, une fois celle-ci déplacée de son contexte historique (qui continue d’être essentiel mais sera inconnu aux spectateur occidentaux).


3. L’activiste politique et auteur Howard Zinn est mort alors que débutait le festival. Cette nouvelle a rendu la visite de John Gianvito particulièrement difficile pour ce dernier. Toute personne familière du travail de Gianvito sait qu’il est traversé, par la pensée de Zinn, que celle-ci y subsiste de façon très prégnante. Son Profit Motive and the Whispering Wind (2007) était une libre adaptation du A People’s History of the United States de Zinn tout comme sa description dans un travail plus tardif, Vapor Trail (Clark) (2010, 264’) provienent elle aussi de l’approche militante de Zinn. L’avant-première mondiale de Vapor Trail qui aura lieu aujourd’hui apparaîtra comme un grand moment d’introspection pour Granvito et pour tous ceux qui y participeront.



Gabe Klinger

Traduit de l'américain par Valentina Novati


Good For Nothing by Kiju Yoshida

Oxhide II by Liu Jiaying