VENISE 2009, EDITORIAL
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La Mostra n’est pas Cannes. Premier festival de cinéma du monde, il a toujours été dauphin de la Croisette. Et ce, en dépit d’un programmation souvent extraordinaire. Pour se limiter à ces deux dernières années, Redacted de Brian De Palma, Z32 d'Avi Mograbi, Nuit de chien de Werner Schroeter. Pas seulement des grands films, des pierres pour l'édification du cinéma présent. Voilà une différence. La Croisette est une fête du cinéma, représentative du cinéma actuel, ni plus ni moins. Décréter la bonne ou la mauvaise qualité d'une année, c'est moins faire état de la santé du festival que de celle du cinéma mondial. La question à Venise est à la fois plus précise et plus large : quel cinéma est l’art de notre temps. D’où une attente. Ou plutôt un décalage par rapport à cette attente. Venise peut être simplement à l’heure, c’est à dire tout juste en avance. Elle peut vous faire avancer d'un bond ou vous laisser cruellement désœuvré. Elle est toujours dans un avant ou un après, en suspens, toujours seconde, comme un grand cycliste qui s’apprête à lancer une échappée, et au spectateur de se demander : il est malin, inconscient ou fatigué ?
Sur le papier la compétition 2009 est inégale. Audacieux, le doublé George Romero (Survival of Dead) et Joe Dante (The Hole, à ne pas confondre avec son film en 3D, que les studios ont envoyé à Toronto, où il y a le marché), comme l'introduction dans une grande compétition mondiale de Soi Cheang (Accident), jeune cinéaste produit par la Milkyway de Johnnie To (pour lequel la Mostra a beaucoup fait), mais sur une ligne beaucoup plus dure et violente. On attend beaucoup de Lo Spazio Bianco, nouveau film de Francesca Comencini, la plus importante cinéaste italienne en activité. Encore cinq jours pour le dernier Alexandre Sokourov, un documentaire mais « pas une élégie ». Une amie qui l’a vu nous en a décrit le dispositif (des lectures et des images d’archives) et la rigueur « qui fait penser aux films de Kluge », lequel Alexander réalise une fiction sur Faust. Sokourov a déclaré que Reading Book of Blockade clôt sa série sur les grands dictateurs. A la liste il faut ajouter Werner Herzog et son remake de Bad Lieutenant d'Abel Ferrara, quatre mots que le marcheur allemand dit ne pas connaître. Les creux seront nombreux. Cela a déjà commencé bien bas. Il n'y avait rien à attendre du film d’ouverture, Baarìa de Giuseppe Tornatore, qui aligne des anecdotes publiques et privées, cite explicitement les plus grandes cinéaste italiens et bourre chaque scène d’une musique symphonique insupportable, pour 20 millions d’euros d’après le producteur et 32 selon les mieux informés.



