GUEST
4.3
José Luis Guerin, Orizzonti, 133 min.
Meilleur que Dans la ville de Sylvia. Moins pompeux, moins poétique, plus politique. Plus sincère. Et de ce fait, à découvert. Le film semble chercher à comprendre comment faire aujourd'hui un film sur la faim et la religion. Bien évidemment, on ne peut pas. Guerin traverse la moitié du monde avec un film (Dans la ville...), invité d'abord à Venise, puis dans tout un tas de festivals toujours plus décentrés, dans des pays toujours plus pauvres (Cuba, Pérou, Brésil, Colombie, Philippine). Il en profite, caméra familiale Sony HD à 300 euros en main, pour filmer les instants d'un film en devenir. Il rencontre des prêtres, des évangélisateurs, des mères de famille, des joueurs d'accordéon, tous réalisateurs, narrateurs, acteurs possibles. Le retour à Venise, que l'on espère ironique, inverse pourtant le sens de toutes les rencontres faites tout au long du film. Guerin filme longuement Chantal Akerman, présidente du jury cette année-là. On l'entend tenter un discours censé désacraliser l'opposition fiction/documentaire (et ne parvenant finalement à dire que tout ce que fait un auteur est sacré), et en pro-israélienne convaincue, cherche à convaincre amis et co--jurés que seul Israël pourra sauver l'Europe de l'Iran atomique (elle réussit presque à rendre Amadinejad sympathique).
NORWEGIAN WOOD
5.5
Tran Anh Hung, Venezia 67, 108 min.
Un vaudeville au trois quart : donc un mélo. On danse ainsi : 1, 2 et 3/ Lui, elle et l'autre / L'autre, elle et une autre encore / L'autre, son amie à elle et celle là bas enfin... La partie centrale (le segment elle et l'autre) ressemble beaucoup au film le plus connu de Kiju Yoshida, La Source Thermale d'Akitsu (1962). Les personnages sont encore plus beaux. La photographie ne parvient même pas dans un photogramme à descendre en dessous du sublime. C'est donc dans l'ensemble un film à la limite du supportable.
Eugenio Renzi
Traduction Valentina Novati
3 septembre 2010
NOTRE ÉTRANGÈRE
5
Sarah Bouyain, Giornata degli autori, 82 min.
Premier film. Autobiographique (forcément ?). Des problèmes : maladresses, didactisme, démonstration. Parfois curieusement à la traîne par rapport à ce que le spectateur comprend. Mais belle idée de la langue perdue, enfouie, à apprendre. Celle des immigrés qui faute de pratique l'oublient, celle des enfants qui, l'ont enfouie, celle qu'on apprend pour faciliter une adoption. Un plan : Mariam, une immigrée africaine qui donne des cours de dioula à une blanche, se sentant trahie (à juste titre), prononce cette phrase terrible : « je voudrais t’arracher de la bouche tous les mots que je t’ai appris ». Puissance de la langue. Fin du film.
LA BELLE ENDORMIE.
7
Catherine Breillat - Orizzonti - 82'
Fort heureux du résultat médiamétrie de Barbe Bleue, Arte passe une nouvelle fois commande à Breillat. Tourné rapidement, avec un budget moindre compte tenu du sujet. De Breillat, on connaissait le penchant pour l’amour vache, les dépucelages sommaires, la chair de la femme à jamais meurtrie. Ici rien de tout cela. Un conte plongé dans une lumière crépusculaire et des décors surprenants. Fascination pour les textures des peaux (Caravage). Beaucoup de plans saisissants. La première heure fonctionne incontestablement. Les moyens ont beau être dérisoires, la fable prend. Seconde partie : relation amoureuse sans issue. Terrain connu. A ceci près qu’une scène vaguement saphique apporte une idée nouvelle et sans doute capitale, au moins pour Breillat. Les femmes ne sont plus rivales, elles s’entraident. Les hommes ne sont plus les seuls à user de stratagèmes pour arriver à leurs fins. Ici aussi la persuasion passe par une parole doucereuse, autrefois uniquement l’apanage des hommes (cf. A ma sœur). Scène troublante. La salle semblait suspendue à la rencontre de ces deux bouches. Breillat surprend.
HAPPY FEW
4,9
Antony Cordier - Venezia 67 - 103
Douche Froide était fort. On y voyait du judo et les trajets possibles suivis par le désir. Avec une certaine conscience des classes. Ici nous sommes chez les bobo : la version moderne des Happy Fews stendhaliens. En plus du titre, le schéma même du film est imprégné de littérature, Goethe, les Affinités Electives. A et B (Duvauchelle et Bouchez) sont un couple, C et D (Marina Foïs et Roschy Zem) sont un autre couple, ils se côtoient et invariablement – mathématiquement – A ira avec C quand B ira avec D.
La ressemblance s’arrête là. Ce n’est pas le trouble, ni le possible qui intéresse le film, mais le filmage du passage à l’acte. Passés les premiers instants d'interrogation troublée, on arrive justement au passage à l’acte, qui se répète, se répète, et se répète. On s’habitue tranquillement à cet échangisme amoureux qui ne vaut que pour ce qu’il essaie de montrer du désir et du corps à corps. La chair finit par être triste. On sait que les choses tourneront au vinaigre et ne seront plus un jour que des souvenirs. Une mémoire. Certes, il n’y a ici ni morale (en tout cas apparente) ni psychologie ; c’est la mécanique du désir qui se déplie. Et pourtant quelque chose cloche. La pellicule n'est peut être pas le lieu de la déconstruction systématique du désir ? On finit presque par regretter les amours bourgeois des Affinités.
Valentina Novati
3 septembre 2010