« Schelling voyait peut-être plus clair : il savait que la pensée n’était pas en tous cas encapsulée dans une cervelle, qu’elle pouvait être partout… dehors… dans la rosée du matin ».
« Le renversement copernicien dans la conception historique est le suivant : on tenait « ce qui a été » pour le point fixe et on voyait le présent s’efforcer, au prix de bien des tâtonnements, de conduire la connaissance jusqu’à ce point fixe. Cette relation doit maintenant se renverser et ce qui a été recevoir sa détermination dialectique de la synthèse qui accomplit le réveil au moye,n des images oniriques conflictuelles. La politique l’emporte sur l’histoire. En ce sens, en effet, les « faits » historiques deviennent quelque chose sur quoi nous venons de tomber : les retenir est l’affaire du souvenir. Et le réveil est le cas exemplaire du souvenir. »
« L’image dialectique ne recopie pas le rêve ; je n’ai jamais voulu affirmer cela. Mais elle me semble bien contenir les instances, les lieux d’irruption de l’éveil, et même ne produire sa figure qu’à partir de ces lieux, tout comme une constellation céleste le fait par ses points de lumière. Donc ici un nouvel arc demande d’être tendu et maîtrisé, une dialectique : celle entre l’image et l’éveil. »
« L’anarchie Régulière est l’avenir de l’humanité. »
« Nous avons la barricade de l’utopie. »
« J’ai parlé ailleurs de l’office qu’occupa Camoëns sur le rivage meurtrier de l’Inde : Administrateur du bien de décédés.
Oui chaque mort laisse un petit bien, sa mémoire, et demande qu’on la soigne. Pour celui qui n’a pas d’amis, il faut que le magistrat y supplée. Car la loi, la justice est plus sûre que toutes nos tendresses oublieuses, nos larmes si vite séchées.
Cette magistrature, c’est l’Histoire. Et les morts sont, pour dire comme le Droit romain, ces miserabiles personae dont le magistrat doit se préoccuper ».
« Le fils non-né :
Nous les témoins tardifs d’une forfaiture
Nous vous prions, préservez-nous de l’ère future !
Faites donc en sorte que nous ne puissions naître !
De votre honte nous nous ferions l’écho.
Nous ne voulons de pères héros ! »
« L’origine est le but. »
« Arrête le temps ! Soleil, à toi de terminer ! Fais que la fin soit grande ! Annonce l’éternité ! Lève-toi, menaçant, que ta lumière gronde comme le tonnerre, que notre mort retentissant soit silence.
Cloche d’or, fonds dans ta propre incandescence, deviens canon pointé vers l’ennemi cosmique. Crache-lui le feu en plein visage ! Sache bien que si j’avais le pouvoir de Josué il y aurait un nouveau Gibeon ! »
« Lorsqu’ après des millions de siècles, un de ces immenses tourbillons d’étoiles, nées, gravitant, mortes ensemble, achève de parcourir les régions de l’espace ouvertes devant lui, il se heurte sur ses frontières avec d’autres tourbillons éteints, arrivant à sa rencontre. Une mêlée furieuse s’engage durant d’innombrables années, sur un champ de bataille de milliards de milliards de lieues d’étendue. Cette partie de l’univers n’est plus qu’un vaste atmosphère de flammes, sillonnées sans relâche par la foudre des conflagrations qui volatilisent instantanément étoiles et planètes. »
« Nous archivons, parmi la masse d’images trouvées et que nous avons, celles qui provoquent en nous de fortes tensions. Emploi de l’ancien pour le nouveau, pour faire émerger des actualités les sens cachés, pour renverser les sens premiers. Mémoires de fin de millénaires sur les comportements, les idéologies. »
« Vu Goya au Prado et ses gravures Désastres de la guerre : « No se puede mirar » (on ne peut pas regarder), « Que hai que hacer mas ? » (Que faire de plus ?), « Grande hazana ! Con muertos » (Grande entreprise ! Avec des morts), « No hay quien los socorra » (Personne pour les secourir). Goya ne fuit ni son temps ni l’histoire. »
« Nous nous demandons : comment représenter l’épouvante de la destruction des corps humain ? Jusqu’à quel point est-il juste et correct de montrer des images en même temps esthétique et insoutenables ? Léonard de Vinci vient à notre secours quand il demande aux artistes le courage de montrer la guerre dans toute son horreur. »
« Qui a provoqué ce que montre les images ? Qui en est responsables ? Aurait-on pu l’éviter ? »
« Elle aussi, tu dois la combattre, D’ici . »
© Sylvain George – 2004




