Aux Etats-Unis, où le «système Apatow» domine la comédie, une autre voie émerge dont nous parviennent des nouvelles régulières en France. Essentiellement new-yorkaise, elle est partagée entre un ludisme post-Cassavetes et un typage Sundance, tous deux branchés. L'an dernier sortaient en salles le premier film de Josh Safdie, The Pleasure of Being Robbed, et une comédie romantique avec Zooey Deschanel en héroïne et les Smiths en BO, (500) jours ensemble. Une nouvelle romance arrive en salles aujourd'hui, Gigantic, où Zooey Deschanel reprend un rôle similaire de bourgeoise déjantée. Aucun de ces films n'est vraiment bon. Tous ont en commun un grave défaut. On accuse les comédies Apatow de cacher un fonds familiariste sous leur humour geek déchaîné. Première erreur, le thème familial n'opère pas en sous-texte, il structure à l'évidence au moins les opus réalisés par Apatow. Or il est sans cesse débordé par les dialogues, par un défi au verbe qui circule entre tous les ados qui peuplent ses films. Entre l'appel normatif et le délire verbal, Apatow tient une dynamique ; fût-elle éternelle, l'adolescence se filme comme une tension identitaire, pas un simple état. Le cortège des films new-yorkais dérange à cet endroit : eux montrent des enfants, de 1m90.  The Pleasure of Being Robbed  réalisait un idéal amoureux platonique, avec la chasse aux papillons comme poétique du couple. Zooey Deschanel, avec ses grands yeux de biche, espiègles et innocents, était faite pour devenir la muse de ce cinéma.

Dans Gigantic, elle flirte avec un grand dadais vendeur de matelas (Paul Dano déjà vu dans Little Miss Sunshine). Un patron excentrique, à qui John Goodman prête son énorme carrure, vient acheter un modèle de luxe dans le dépôt de Dano. Sa fille, Deschanel, passe le lendemain s'occuper de la transaction. Elle s'endort sur le matelas, au milieu du magasin, et l'intrigue s'enclenche. On pouvait s'attendre à une situation érotisante, mais l'inverse se produit. En se réveillant, elle demande à Dano s'il ne peut pas voir sous sa jupe, comme

GIGANTIC de Matt Aselton. Etats-Unis, 2009. Paul Dano (Brian Weathersby) ; Zooey Deschanel (Harriet 'Happy' Lolly) ; John Goodman (le père d'Happy) ; Edward Asner (monsieur Weathersby) ; Jane Alexander (la mère de Brian) Durée : 1h37. Sorti le 6 janvier 2010

AMERICAN RIGOLOS

GIGANTIC de Matt Aselton
2.5

elle lui demanderait s'il reste des épinards sur ses dents. Refoulement érotique immédiat. Plus tard, au gré des péripéties attendues du genre, ils couchent ensemble dans la voiture du père, lieu quelque peu insolite ; et à nouveau, elle le lui propose sur un ton propre à suggérer un tour de manège. Dans toutes ces situations, la lenteur d'énonciation fatigue. Tous, et particulièrement Paul Dano, s'expriment au ralenti dans une sorte de babillage débilitant.

Il y a davantage. A cet être-enfant caractérisé répond un être-adulte tout aussi fixe : la paternité. L'enfant attendu par Dano, candidat à l'adoption d'un orphelin chinois, réalise sans nuances, ni véritable évolution, le passage de l'un à l'autre. Une plus-value morale assure la transition. Le processus d'adoption échoue au début du film, il faut un squelette d'épreuve existentielle pour le mériter, qui sera symbolique. Un SDF, toujours le même, apparaît au héros à divers moments et lieux pour tenter de l'assassiner. A la dernière occurrence, c'est Dano qui parvient à l'achever. Ces séquences sont drôlement parachutées dans la trame du film ; ni fantasmatiques ni authentiques, elles greffent simplement une matière lynchienne qui ne prend pas dans cette ambiance de cour d'école. Au terme de l'épreuve de force, l'intrigue paternelle ne résiste plus à un Dano pourtant toujours aussi hagard. C'est sa nouvelle girlfriend qui se dérobe quand l'adoption réussit. Elle s'en trouve un peu honteuse, franchement déméritante ; le héros, le public lui en veulent. Mais rien n'est irréparable, dit sa nouvelle belle-mère, quand elle revient in extremis, confuse. La tonalité franchement ringarde de fête de famille dans laquelle Gigantic s'achève, sonne comme un moralisme tranquille, qui n'a pas un instant tremblé devant des personnages en sucre.



Olivier Waqué

27 janvier 2009