LE CHOC DES TITANS
Louis Leterrier
États Unis 2010.
Avec : Sam Worthington(Persée); Liam Neeson(Zeus) ; Ralph Fiennes(Hades) ; Gemma Arterton (Io) ; Danny Huston (Poséidon) ; Alexa Davalos (Andromède).
Durée : 1h58.
Sorti le 7 avril 2010.
LE CHOC DES TITANS
Louis Leterrier
États Unis 2010.
Avec : Sam Worthington(Persée); Liam Neeson(Zeus) ; Ralph Fiennes(Hades) ; Gemma Arterton (Io) ; Danny Huston (Poséidon) ; Alexa Davalos (Andromède).
Durée : 1h58.
Sorti le 7 avril 2010.

Tirer profit des updates informatiques, tel est est le maigre programme de Leterrier. Faire le riche, à défaut du beau. Car si le scénario est absurde – ce qui aurait pu être pardonnable tant le début l'affiche : « les humains entretenaient l’immortalité des dieux par leurs prières » - le vrai problème est celui des images. Le Choc des Titans est un vilain remake, à l’inverse de Bad Lieutenant, pour lequel la foi en sa propre vision a épargné à Herzog de réviser l'œuvre source avant de se mettre au travail. Leterrier, lui, n'a guère touché qu'aux trucages de son prédécesseur, et s’est appliqué à réaliser en 2010 un film de 1981, comme si rien d'autre que l’apparition des images de synthèse ne s’était passé dans le monde et les salles depuis 30 ans. Classique : le frenchie Leterrier a profité du dépaysement financier pour s'offrir le plus gros jouet possible. Symptôme aussi du débutant qui s'ignore, et use de la technologie comme d'un cache-misère. Sa tentative n'était pourtant pas absurde. Depuis que le souffle du 11-Septembre s’éteint à Hollywood, une nouvelle lubie pointe son nez : Indiana Jones, Rambo, Rocky, Soyez Sympas Rembobinez et les deux derniers films de Zack Snyder marquent une fascination pour les années 80, soit l’époque d’avant la Chute des Murs, de Berlin comme des Twin Towers. Un retour à la sérénité et à la naïveté. Dans le genre, l’année dernière, il y a eu GI Joe.
On peut néanmoins reconnaître à Leterrier une certaine cohérence. Il avait 8 ans quand le film de Harryhausen est sorti, et son remake, côté répliques et poses des acteurs, semble sorti de l'imagination d'un gosse. Sam Worthington ne joue pas un héros grec, mais au héros grec. Mads Mikkelsen est là pour amortir ses muscles, poussés sur Valhalla Rising. Il paraît que les enfants ont les yeux plus vifs que les adultes, c’est peut-être la raison pour laquelle les scènes d’actions sont illisibles. Un éclair, trois cris, dix plans, Persée jaillit du ventre d’un scorpion sans qu’on l’ait vu se faire engloutir. A-t-on coupé les plans indispensables en voulant raccourcir la durée totale ? Le résultat est éprouvant ; bien fou qui se risquerait à chausser les lunettes 3D.
Le film de Leterrier commence là où finit l’original : les héros sont dans les étoiles, à l'image d'Harryhausen qui a, depuis 2003, ses mains sur la constellation pavée d’Hollywood Boulevard. Dans le ciment se trouve aussi l'empreinte de ses pieds ; seraient-ce ceux-là qui encadrent les deux héros dans le plan final, ruines du Zeus déboulonné au début ? Des étoiles de 1981 aux géants panards en sandales de 2010, l'ambition a changé. Harryhausen, la légende et la ruine. Quant aux dieux de l'Olympe, que sont-ils devenus ? Zeus est incarné par Liam Neeson en armure brillante, on se croirait dans un clip de David Bowie. Petersen avait raison, en supprimant systématiquement de son adaptation de l’Iliade (Troie, 2004) les interventions divines. On le lui avait reproché, mais c’était la meilleure chose à faire afin d'éviter le ridicule et de se concentrer sur ses soldats. Persée/Worthington a beau jeu de plaider pour l’humanité dans un film qui ne prête attention qu'à ce qui divertit mieux que deux bras, deux jambes, une jupette et une épée : femme serpentine, scorpions éléphantesques, dieux titaniques... Tous des monstres, des Enfers à l'Olympe ; tous des freaks.
Une mauvaise idée traîne en ce moment à Hollywood comme un virus. Premières démangeaisons : Superman Returns, Bryan Singer, 2007. Ce virus est assez bien résumé dans le décevant Wolfman, sorti en février. Un personnage, découvrant l’existence du loup-garou, s’étonne : « Si ça, c’est possible, alors tout est possible. La magie, Dieu… » La divinité placée sur le même plan que la magie, Dieu et les monstres, tous égaux : cette tendance soudaine à l'incarnation grotesque de la divinité a donné Percy Jackson, Le Choc des Titans, et Legion (où une armée d’anges débarque sur Terre). Pas un seul bon film.
Ceux qui ne reculent plus devant l’incarnation numérique et frénétique de toutes choses, ce sont les vrais titans : les gros producteurs. Bruckheimer, qui sort Prince of Persia dans un mois, mais surtout Marvel Studios, à l’origine du Hulk de Leterrier en 2008. Marvel n’a pas hésité à produire le reboot [le retour à zéro d'une franchise, façon Batman Begins ou Casino Royale] d’un excellent film (le Hulk d’Ang Lee) dans le seul but d’en faire quelque chose de plus gros, de plus bruyant, de plus obscène. Freak mélancolique chez Ang Lee, Hulk s’est fait pour Marvel freak bodybuildé, démultiplié, hypertrophié. Wolverine a subi le même traitement en passant des mains de la trilogie brillamment entamée par Singer et joliment terminée par Rattner, à celles de Marvel dans X-Men Origins, sous-produit très gras. Iron Man est le premier héros à ne pas avoir été récupéré par Marvel, mais créé par eux. L’idée de choc des titans y est très claire, le film se termine sur un pugilat urbain entre deux robots sur-puissants. Le Choc des Titans à proprement parler est aujourd’hui produit par Warner, et marche sur les plates-bandes de Marvel. Mais en vendant les dieux grecs à l’imagerie des films sans imagination, Leterrier a ouvert une brèche. En se soumettant avec une joie non-feinte aux desiderata commerciaux de Marvel puis de Warner, il ouvre la voie, après deux décennies d'épanouissement des réalisateurs au sein du système, au retour de l'ombre des studios sur la production hollywoodienne. Pendant la Guerre Froide, à l'ère des producteurs-rois et du manichéisme.
À la fin du mois, Marvel Studios sort Iron Man 2, dans lequel un personnage incarné par Mickey Rourke, autre titan du come-back face à Downey Jr., apprend à maîtriser la technologie découverte dans le premier épisode, créant un nouvel équilibre des forces. Rourke raconte à qui veut bien l'entendre qu'il s'est inspiré d'une visite dans une prison russe pour ses tatouages.
KeyequipeCBGoHere
17 avril 2010
Alexa Davalos dans Le choc des titans (2009). © Warner Bros.