THE EXPENDABLES
de Sylvester Stallone.
Etats Unis 2010.
Avec : Sylvester Stallone, Jason Statham, Dolph Lundgren, Jet Li.
Durée : 1h38.
Sortie : 18 août 2010.
THE EXPENDABLES
de Sylvester Stallone.
Etats Unis 2010.
Avec : Sylvester Stallone, Jason Statham, Dolph Lundgren, Jet Li.
Durée : 1h38.
Sortie : 18 août 2010.
THE EXPENDABLES de Sylvester Stallone
4.9
Dans The Expendables, il y a cette scène où Mickey Rourke décore à l'encre noire une guitare blanche. Il est dans son atelier de tatouages, assis devant un miroir. Debout derrière lui, Stallone l'observe. C'est la rencontre entre deux carrures qui, tout au long des années 80, ont fait revivre deux prototypes de héros américain. Rourke est souvent, comme Ethan Hunt à la fin de La Prisonnière du Désert, l'homme qui s'en va une fois la mission accomplie. Au contraire, Stallone, comme Matt Dow dans Run For Cover de Nicholas Ray, incarne avec Rocky le prototype opposé : celui de l'homme qui retrouve ses affects.
Pour les deux, Rourke et Rocky, il s'agit de revenir. Au désert, à la solitude, à la famille ou au foyer. Au terme de leur come-back réussi sur le ring des salles obscures, le catcheur et le boxeur se retrouvent dans cette pièce à l’éclairage bleuté, sereins, ne se souciant plus de combats. Le premier dessine. Le second l’écoute. Il l’écoute et le cadre de près. Comme il ne filmera que les yeux de Statham et de Jet Li dans une scène de dialogue dont la mise en scène eût été trop fastidieuse à falsifier, creusant plutôt le regard furtif de deux action figures. Stallone poursuit donc sur cette lancée, proche de celle d’Eastwood, qui cherche à révéler l’homme derrière la bête. En 1976, les grands moments de Rocky étaient déjà des sommets de douceur plutôt que de violence (premier baiser à Adrian donné sur le pas d’une porte, célèbre étreinte finale...). Expendables ne continue sur la voie de l’attendrissement que pour en faire un gimmick – l’absence de victoire qui faisait le charme de Balboa caractérise ici un style de combattant passant son temps à perdre : « I got my ass kicked », constate l’ancien étalon, essoufflé, faisant écho à un certain gosse new-yorkais en combinaison de plongée qui se faisait aussi kick-asser la figure, il y a six mois.
A l’instar de Matthew Vaughn, Stallone s’oppose à l’ère des superhéros et plus généralement au mouvement qui consiste à réactiver la Guerre Froide (époque où l’on pouvait encore se contenter de la big picture, celle que M regrettait d’avoir perdue de vue au moment de Casino Royale, et qu’Eric Roberts se vante d’être le seul à connaître dans Expendables) en même temps que le cinéma des 80’s (Indiana Jones 4 et Iron Man 2 en tête). Ainsi, tandis que Philip Noyce livre avec SALT un nanar digne de l’époque de Rocky IV, où un boxer russe incarné par Dolph Lundgren prenait sa raclée, Stallone se situe à un degré différent. Non, The Expendables n’est pas un nanar. C’est un film sur les nanars. Quelque chose comme du Robert Rodriguez en plus solennel. Exemple, Dolph Lundgren est toujours là, mais, s’il tient le rôle du renégat, il n’est pas un adversaire. Simplement un partenaire de jeu pour Jet Li lors d’une scène de Street Fighter. Ça n’a l’air de rien, ça vaut toujours mieux que l’espion russe malfaisant incarné par Liev Schreiber dans SALT. Stallone transforme l’ennemi de jadis en partenaire.
Ce recul épargne à The Expendables d’être un film violent. Il n’y a que les caresses qui portent vraiment, celle du héros à la jolie rebelle ; les coups sont trop chorégraphiés, les balles trop factices, de même que les immeubles dont les effondrements et les flammes soigneusement cheap ne volent pas la vedette aux célèbres carcasses qui se démènent en-dessous. On est aussi proche de Hot Shots 2, parodie Zucker-Abrahams-Zucker, que de John Rambo, qui voulait surtout rassasier les adeptes du rouge-gore. Suffisamment loin en tout cas de la violence des nanars dont ont été prélevés Steve Austin, Randy Couture ou Terry Crews. Stallone est celui qui se fait casser la figure parce que, comme Rourke le raconte à sa guitare, il se soucie de son âme. Les jeunes, eux, Austin Couture Crews & Co, un bob sur la tête, les flammes de l’enfer dans les yeux, peuvent bien immoler leurs adversaires et pousser un cri victorieux, la damnation sera leur problème – ce sont des catcheurs, pas des acteurs. Statham lui-même apparaît en voie de rédemption, à qui un vilain demande : « What do you want ? », auquel il répond : « Your life », avant de lui casser la figure, et de le laisser en vie, transformant sa répartie de gros bras bête en blague (dans un vrai nanar, il aurait simplement mis sa menace à exécution). Ceci dit, la meilleure blague de The Expendables – ce n’est même pas le numéro de Schwarzenegger et de Willis, vieux de la vieille à la retraite devant un Stallone fatigué d’avance – ce serait plutôt le générique de fin, qui révèle la composition exclusivement russe d’une bonne partie de l’équipe.
Cela, bien-sûr, implique de tenir jusqu’à la fin du film. Contrairement au rythme très 80’s paresseuses de SALT - beaucoup de dialogues inutiles pour noyer la pauvreté des scènes d’actions dans une intrigue politique rancie -, The Expendables suit le schéma d’Inception : une longue mise en place parsemée de moments de bravoure, suivie d’une scène finale qui occupe la moitié du film. Ce qui pousse le spectateur à attendre un moment de répit qui ne vient jamais. Epuisants Expendables, sacrifiant la moitié de leur matière au poids lourd des années, qu’il faut à tout prix enterrer.
KeyequipeCBGoHere
1er septembre 2010