UNE CHINOISE
(SHE, A CHINESE)
de Xiaolu Guo
Chine, 2009.
Avec : Lu Huang, Geoffrey Hutchings, Wei Yi Bo
Durée : 1h38.
Sortie : 8 septembre 2010.
UNE CHINOISE
(SHE, A CHINESE)
de Xiaolu Guo
Chine, 2009.
Avec : Lu Huang, Geoffrey Hutchings, Wei Yi Bo
Durée : 1h38.
Sortie : 8 septembre 2010.
UNE CHINOISE (SHE, A CHINESE)
de Xiaolu Guo
7.5
La réalisatrice et romancière chinoise Xiaolu Guo a reçu en 2009 le Léopard d'Or au Festival International du Film de Locarno pour son dernier long-métrage, She, a Chinese (sortie en salles le 8 septembre). Elle prépare actuellement l'adaptation filmée de son propre livre UFO in her eyes.
A mille lieues de la révolution d'appartement fomentée à la veille de 1968 par les étudiants maoïstes de La Chinoise de Godard, She, a Chinese, le dernier film de Xiaolu Guo, dessine avec ironie le portrait d'une autre jeunesse, née en Chine après les années 1980 et prise au coeur de contradictions spectaculaires : entre «révolution du béton» (The Concrete Revolution, documentaire qu'elle a réalisé en 2004 sur la reconstruction de Pékin avant les Jeux Olympiques de 2008) et souvenirs de la révolution culturelle ; entre campagnes enclavées, paysannes toujours, et coeurs urbains marqués par la globalisation. Dans Village of Stone (l'un de ses romans autobiographiques publié en 2003), la jeune Jiang partait de Shitouzhen, cette «ville de pierre» cernée par une eau cruelle et jaunâtre où elle avait passé son enfance, avant que la vision d'une énorme anguille séchée livrée à son domicile un matin ne ravive en elle le souvenir lancinant de cette terre peuplée de pêcheurs, de «mendiants de la mer». Semblable déracinée, l'inflexible Fenfang (Twenty fragments of a ravenouth youth, autre roman publié en 2007), après avoir quitté la province du Zhejiang, devenait figurante pour les studios cinématographiques de Pékin ; plongée dans l'anonymat des grands ensembles, «individualiste» dénigrée par son Comité de voisinage composé de brassards rouges, elle entretenait avec une révérence comique son «tiroir président Mao», amassant dans son appartement autant de papiers officiels pouvant la distinguer des travailleurs migrants venus de leurs terres reculées pour chercher du travail.
Li Mei, la «chinoise» évoquée par le titre, est animée d'un même désir de fuite que ces héroïnes de papier. Elle n'a jamais été à plus de huit kilomètres de son village natal, et en retraverse chaque jour les archaïsmes. Tandis que sa mère paysanne se démène pour la marier à un employé quadragénaire du Service Culturel, elle erre de cinéma en karaoké, accompagnée de bad boys en rut, et enfouit secrètement dans ses poches, sur les champs d'ordures, des objets venus d'Occident. Elle s'enfuit à Chongqing pour travailler dans une usine textile, avant de se prostituer dans un petit salon de coiffure. C'est son échappée solitaire à Londres et sa suite d'accidents existentiels qui seront ensuite contés, sur les musiques électriques de John Parish, au fil d'une succession de douze chapitres rappelant l'itinéraire de Nana dans Vivre sa vie. Mais à la différence de l'héroïne de Godard, Mei ne fait pas de la philosophie sans le savoir ; et chaque fois qu'un gros plan s'attarde sur son visage impassible, elle apparaît plus désincarnée et inconsistante qu'Anna Karina absorbée dans la contemplation muette du procès de la Jeanne d'Arc de Dreyer. Ses migrations quotidiennes et les rencontres successives qu'elles occasionnent la font basculer de cliché en cliché, sur fond de vignettes uniformes rappelant le décor du parc de The World de Jia Zhang-Ke (réalisé en 2005) – un immense complexe touristique situé à Pékin et concentrant en son sein les copies des sites les plus célèbres des cinq continents. Entre les bras de Spikey, l'un de ses amours fugitifs rencontré à Chongqing, elle éprouve l'amour sous un calendrier Big Ben. Exploitée par la diaspora chinoise de Londres, elle fait la promotion d'un restaurant de nouilles engoncée dans la chaleur suffocante d'un costume de panda. Avec une audace implacable, les titres de chapitres répercutent à une autre échelle ce principe d'aliénation : «Chaque mère veut le bonheur de sa fille» ou «Le président Mao a nagé quatre fois dans le fleuve Yangtsé». Ces slogans s'imposent avec un humour à contre-pied des récits didactiques du cinéma chinois officiel ayant servi, entre 1950 et 1980, la construction de la nouvelle société socialiste. She, a Chinese renverse les dazibao et placarde des fulgurances individuelles, tout en suggérant leur arrière-plan dérisoire.
Aliosha Herrera
8 septembre 2010