
Le film de Tizza Covi et Reiner Frimmel ne serait pas aussi beau s'il se plaçait à un autre niveau que celui de sa petite apprentie. Formule connue du cinéma d'enfance qu'il faut cependant savoir appliquer. En l'occurrence, il s'agit d'en savoir le moins possible : les cinéastes se sont laissés adopter par Patty et par son étonnant compagnon (qui me rappelle deux héros d'Heirich Böll, celui de La grimace et celui de Rentrez chez vous, Borger ! – je ne pense d'ailleurs pas qu'il s'agisse d'une impression).
Je ne veux pas dire que Tizza Covi et Reiner Frimmel ont eu de la chance, où qu'ils manquent de mérites, où que le film s'est fait malgré eux. Si La pivellina se fait aimer, c'est que, comme la petite héroïne aux cheveux bouclés, il est extrêmement aimable : une belle histoire, bien menée dramaturgiquement, bien cadrée, bien éclairée, bien montée.
La pureté de sa construction et sa richesse humaine ne viennent pas du hasard mais de toute évidence d'une démarche diaboliquement réfléchie. Celle-ci s'écarte de deux voies dominantes. Celle du scénario équilibré à l'américaine (ponctué en quatre ou cinq actes mélangeant, selon une recette expérimentée, bonheurs et malheurs, noeuds et dénouements). Celle du scénario boiteux à la française (qui se donne plus de liberté, avec les mêmes épices).
D'un bout à l'autre on ne cesse de se demander quand la mère d'Asia réapparaîtra. Cette question travaille tous les plans et détermine les personnages dans leur rapport avec la pivellina. Elle suggère au spectateur la mesure temporelle de l'action. La question coïncide alors avec le film qui établit par là un pacte avec le monde dans lequel il pénètre et qu'il l'adopte : on sait que ce sera éphémère. Le temps d'apprendre quelque chose, puis on partira.
Ce qu'un résumé de l'intrigue ne peut pas rendre, et qui fait la richesse et la valeur du film, c'est la dépendance intime de l'action et du milieu dans lequel il se déroule. Le moindre détail, la moindre action se justifient mutuellement (et ne ressemblent jamais à des idées de scénario). Et ce parce que les deux plans ne sont jamais confondus. Jamais l'action ne dérive du décors et du milieu social, jamais ceux-ci n'illustrent l'action. Le drame n'a pas besoin de scènes pour s'exprimer : il est toujours là, comme une évidence. Et le film maintient au contraire une allure toute en douceur. Sans accélérations, retournements ou dieux ex machina.
Il serait un peu court de dire que La pivellina renoue avec la tradition réaliste du cinéma italien. On songe à La Strada de Fellini, pour le thème de l'abandon et des artistes de rue. Et évidemment à Pier Paolo Pasolini – pour le choix de personnes-personnages et pour le motif de la mère (au fur et à mesure que le film avance, Patty prend de plus en plus l'air d'une icône chrétienne). La pivellina semble surtout ne pas se soucier des problèmes de filiation. Elle ignore ses ancêtres, et c'est très bien comme ça.
KeyequipeERGoHere
13 mars 2010

